Tu as remarqué, lecteur, comme j’aime poser des questions ouvertes, auxquelles personne ne répond ?
Ou encore te parler comme si tu allais de suite ricocher sur mes belles paroles, comme dans un discours direct. (Au passage, notons une hésitation plus que latente entre le 'tu' et le 'vous' :
étrangement je n’arrive pas à me décider).
J’aime bien aussi, mon cher lecteur, t’attribuer des goûts qui ne sont pas les tiens, des intérêts qui ne sont finalement qu’une extrapolation tordue d’une dérive qui m’est propre. J’aime à
croire, finalement, que même si le fond t’ennuie comme un mauvais épisode du Renard, la forme aura au moins le mérite de te faire sourire.
Justement, comme je le disais hier, je n’ai temporairement plus internet à la maison. Vont donc être mis de côté pendant quelque temps les bâtonnets, illustrations chronophages et autres articles
demandant un peu trop de références à glaner de-ci de-là du web. Pourtant, j’y tiens à ce petit fil qui se crée entre nous, à ce petit rendez-vous quasi-quotidien qui s’est instauré petit à
petit. Du coup, pendant quelques jours, tu auras droits à de la réflexion absconde en-veux-tu en-voilà ; pour ton plus grand plaisir, comme je le disais.
C’est ainsi que je livre à ta culture infinie (plein de petites cultures mises bout à bout, ça fait une très grosse culture, non ? pour le coup, c’est un concept assez sommable…) la question
suivante. Je fais en ce moment passer des entretiens d’embauche pour recruter un VIE. Tout Prométhée que je suis, j’essaie de tester les limites du petit bonhomme –
un candidat s’est largement détaché du lot suite au premier entretien – et je souhaite lui poser la question à laquelle il ne saura pas
répondre, du moins pas immédiatement, et qui me montrera comment il réagit lorsqu’il "ne sait pas".
Une collègue m’a soufflé la question et je crois même connaître le moyen d’y répondre, je cherche juste à être sûr que mon raisonnement est correct, et je m’appuie donc sur le soutien de mon
public (toi, vous) pour me conforter.
La question est : "Quelle est l’espérance du sinus d’un brownien ?" Je pense que la réponse est zéro ; mais surtout, je suis passé par la décomposition du sinus en exponentielles complexes pour y
arriver, puis par des transformations de Laplace – ce qui facilite grandement le calcul – et je me demandais donc : "peut-on appliquer les règles classiques de calcul stochastique
(Laplace, la loi Normale, les espérances sous proba risque-neutre…) dans l’ensemble des nombres complexes ?"
Toi, lecteur et chercheur au CNRS des maths qui lis en ce moment mon blog, je suis sûr que tu as la réponse. Tu es un peu timide, tu n’oses pas étaler ton savoir directement dans les commentaires
: prends 5 minutes entre 2 résolutions de théorèmes de Fermat et envoie moi un petit mail.
Tu auras remarqué, au passage, que si ma démarche vise à déstabiliser mon cobaye, j’ai tout de même la conscience professionnelle de vouloir connaître la réponse à la question que je lui pose.
Autant je peux maîtriser la mauvaise foi comme personne sur certains sujets en affirmant des vérités haut et fort sans aucune justification (la saison 2 de Pokemon fut, reste et demeurera à
jamais la meilleure saison de toute la saga), autant parfois, j’ai comme un ptit truc dans mon bide qui me dit que y’a des limites à la malhonnêteté (un genre de conscience… ; je reste cependant
persuadé que c’est le plus souvent lié à mon dîner de la veille), et je tiens à faire les choses dans les formes.
Mais ça, la forme, justement, c’est ma spécialité. Tu le savais lecteur. Et c’est d’ailleurs pour ça que tu m’aimes.