Pfiou, tu sais quoi ? Mon poisson est mort.
Ouais, comme ça, d'un coup, sans prévenir.
Pas même un au-revoir, le salaud.
De toute façon, il a toujours eu un côté hautain. Il se foutait tout le temps de ma gueule en disant que j'étais rien bon qu'à regarder de la télé-réalité.
Alors que c'est même pas vrai. Parfois je regarde Gossip Girl, aussi.
En même temps, c'est vrai qu'il ne me connaissait que dans ma chambre. Il me voyait la plupart du temps crevé, pas forcément très agréable. Bien sûr, de ce point de vue, il devait m'imaginer
super fermé, comme mec. Il me voyait manger des raviolis dans mon lit, il me voyait frapper ce pauvre réveil tous les matins alors qu'il n'avait rien demandé, il me voyait pleurer lorsque je
rentrais le cœur brisé.
Il ne me connaissait pas "en dehors". Il n'a pas pu réaliser à quel point j'étais en fait un garçon enjoué, entouré de plein d'amis, aimant se rouler dans l'herbe et philosopher les cheveux au
vent.
Finalement, je comprends pourquoi on ne s'est jamais compris lui et moi. Tu me connaissais si peux, mon petit Cosmo.
Mais il faut dire qu'il n'était pas bien bavard.
Je crois même que c'est le poisson le plus lèche-cul que j'ai jamais vu. Tu te rends compte qu'il me faisait les gros yeux quasiment toute la journée ? Tu crois qu'il m'aurait dit un petit mot
gentil quand il m'a vu devenir livide à l'élimination de Jeff dans Big Brother ?
Que dalle.
La seule chose gentille dont il était capable, c'était de me faire un grand sourire au moment où je lui donnais ses granulés. Nan mais tu te rends compte de quel hypocrite c'était ?
Une saloperie de profiteur arrogant qui n'hésitait pas à montrer ses fesses pour arriver à ses fins.
En même temps, je dois bien reconnaître que j'ai une part de responsabilité dans cette relation tendue qui nous liait. Jamais je ne l'ai confronté à ses erreurs.
Si ça se trouve, en parlant calmement, il aurait changé d'attitude. Au moins un peu. Et de mon côté, j'aurais peut-être mieux vécu notre histoire si j'avais senti que le dialogue était présent.
Finalement, peut-être que j'exagérais tout seul beaucoup de ses mesquineries.
Mais ni lui ni moi n'en avons jamais vraiment parlé. J'imaginais qu'il allait se braquer, monter sur ses grands chevaux, que j'allais être désagréable et que tout finirait en engueulade.
Alors que je ne voulais pas qu'on s'engueule. Même si tout n'était pas bien rose, j'étais attaché à lui. Son regard globuleux et dédaigneux me rassurait. C'était au moins un point fixe auquel je
pouvais m'accrocher.
Tu vas me manquer, vieux grigoux.
