Dans "L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot", le docu-film de Serge Bromberg et Ruxendra Medrea, Romy Schneider s'est gavée de cerises bleues.
La gourmande.
Elle en a partout sur les lèvres.
Et tu sais quoi ? Ça lui va plutôt bien. Elle est bêêêêlle...
Et apparemment, en plus de faire un maquillage superbe, ça fait voir un peu n'importe
quoi, de bouffer des fruits décolorés. C'est ce que nous apprend le docu, en fait.
Enfin j'crois.
Elle en lèche des murs d'eau (scène érotique juste formidable, d'ailleurs, et c'est moi qui te l'dis, si tu vois c'que j'veux dire...), elle s'en noie dans un lac rouge sang, elle s'en fragmente
en spirale, elle disparaît et réapparaît dans des ombres, des lumières, des mosaïques de losanges, et c'est juste fascinant.
L'idée était marrante, de vouloir parler de ce film qui n'a jamais vu le jour. Clouzot, ce très grand. Des acteurs fascinants, poussés à bout ; des techniciens de renom, apparemment ; des moyens
énormes et des grandes idées qui vont avec. Et pourtant, là où le film montait en pression et intensité avant d'être avorté, le documentaire s'étire et s'essouffle avant de se conclure une demie
heure trop tard.
Je sais pas si c'est les cerises, mais ça laisse comme un arrière goût.
Pas dégueu, mais pas terrible non plus.
Le truc fascinant c'est que Clouzot était en train de tester des effets visuels fantastiques. Aujourd'hui, ça passerait pour de la chicorée parce qu'on te digitaliserait tout ça, mais là, pour
l'époque, c'est juste magique.
Il avait tout pour faire un film magnifique et puis non, trop de pression. Là il y avait tout pour faire un docu magnifique et puis non, pas assez de pression.
Ne goûte pas aux fruits magiques qui veut. Faut les mériter, les savourer. Goûter au sublime, ça se mérite.