Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 18:00

Dans "L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot", le docu-film de Serge Bromberg et Ruxendra Medrea, Romy Schneider s'est gavée de cerises bleues.
La gourmande.
Elle en a partout sur les lèvres.
Et tu sais quoi ? Ça lui va plutôt bien. Elle est bêêêêlle...

Et apparemment, en plus de faire un maquillage superbe, ça fait voir un peu n'importe quoi, de bouffer des fruits décolorés. C'est ce que nous apprend le docu, en fait.
Enfin j'crois.
Elle en lèche des murs d'eau (scène érotique juste formidable, d'ailleurs, et c'est moi qui te l'dis, si tu vois c'que j'veux dire...), elle s'en noie dans un lac rouge sang, elle s'en fragmente en spirale, elle disparaît et réapparaît dans des ombres, des lumières, des mosaïques de losanges, et c'est juste fascinant.

L'idée était marrante, de vouloir parler de ce film qui n'a jamais vu le jour. Clouzot, ce très grand. Des acteurs fascinants, poussés à bout ; des techniciens de renom, apparemment ; des moyens énormes et des grandes idées qui vont avec. Et pourtant, là où le film montait en pression et intensité avant d'être avorté, le documentaire s'étire et s'essouffle avant de se conclure une demie heure trop tard.

Je sais pas si c'est les cerises, mais ça laisse comme un arrière goût.
Pas dégueu, mais pas terrible non plus.

Le truc fascinant c'est que Clouzot était en train de tester des effets visuels fantastiques. Aujourd'hui, ça passerait pour de la chicorée parce qu'on te digitaliserait tout ça, mais là, pour l'époque, c'est juste magique.
Il avait tout pour faire un film magnifique et puis non, trop de pression. Là il y avait tout pour faire un docu magnifique et puis non, pas assez de pression.

Ne goûte pas aux fruits magiques qui veut. Faut les mériter, les savourer. Goûter au sublime, ça se mérite.

Publié dans : Ciné
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Commentaires

Si t'aimes les docus-échecs, faut que tu regardes Lost in La Mancha, le docu sur le film que devait faire Terry Gilliam sur Don Quichotte. Avec Jean Rochefort, Johnny Depp et Vanessa Paradis, ça promettait d'envoyer du bois, comme on dit à la Star Ac. Le docu est fabuleux.
Mais y a pas de cerises bleues dans le film, alors je sais pas, c'est peut-être moins sexy...
Commentaire n°1 posté par Virgo le 03/12/2009 à 03h10
@ Virgo: Bein c'est pas spécialement que je sois attiré par les docus-échecs. D'ailleurs, au départ, je connais pas franchement Clouzot plus que ça, et je pensais que c'était une re-sortie d'un de ses films.
Là, en fait, tu regardes le docu, c'est un peu fouilli sur ce qui va se passer autour de ce film: "ah, ok, il veut faire un film, et finalement ça ne va pas se faire..."; franchement, j'imagine que tout le monde a lu que c'était le pitch avant d'aller voir le docu, mais pour moi qui ne le savais pas, bein ça m'a pris un ptit moment avant de comprendre.
Mais ça, en fait, c'est pas grave.
Le docu t'apprend que Clouzot faisait des expérimentations visuelles de ouf: il travaillait avec des artistes contemporains de l'époque, qui travaillaient sur la kinétique, sur des sculptures géométriques, etc. Tu en vois un peu à l'écran. C'est juste génial.
On te parle des acteurs. Tu vois les essais de Romi Schneider. Elle est sublime. Même Serge Reggiani qui ne représente pas plus que ça le mec sexy pour moi semble un choix intéressant. Tu as l'eau à la bouche.
Le scénario lui aussi est prometteur. Une histoire de la folie qui passe par une montée de la jalousie. Et l'idée de le montrer visuellement à l'aide d'effet noir-et-blanc/couleur, à l'aide de fumée, de murs d'eau, de miroir...
Et au final ça tombe à plat.
T'as un peu l'impression que c'est un chef médiocre qui te fait un repas avec des ingrédients de folie: foie gras, truffe et viande sublime. Sauf que tout est trop cuit, sauf que t'attends une demie-heure entre chaque plat, sauf que tu repars un brin frustré.
Bref, dommage, mais le contenu du docu est génial.

Alors qu'au contraire, Lost in la Mancha est parait-il presque encore mieux que ce qu'aurait pu être le film, m'a-t-on dit...
Réponse de Gyom le 03/12/2009 à 08h28
En fait, L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot, ça aurait dû être son chef d'oeuvre, visuellement. Pour en avoir vus quelques uns, les Clouzot manquaient justement d'audace visuelle. Là, ... pfiouuuu j'en rêve encore, de ce que ça aurait rendu. Je reste hanté par les images de Romy recouverte de paillettes avec les lumières qui tournent.

Mais pour réussir ce docu, ils auraient juste dû monter les rushes de Clouzot les uns après les autres, mettre un peu de musique, deux-trois dialogues du film ou explications lus en off et nous laisser nous émerveiller.

Il y a des inoubliables ...
Commentaire n°2 posté par Charlie le 03/12/2009 à 16h44
Ecoute, ce ressenti me fait penser à ce que je pensais en regardant Lost in la Mancha: tu sens que le film aurait dû être MORTEL, Jean Rochefort, c'est tellement Don Quichotte que c'est pas possible autrement, la caution Depp, les décors, bref. Au début, t'es surexcité, et tu penses que tu regardes un making of - genre t'oublies qu'en fait ça a chié. Puis après, ça chie, justement, sur des trucs cons (genre la pluie qui change la couleur des décors, Jean Rochefort qui peut plus faire de cheval, etc.). C'est tellement de lose que ça devient très drôle - mais en même temps, c'est un peu la tristesse de se dire que ce film mortel ne sera jamais...

Moi, de Clouzot, j'ai vu que les Diaboliques et j'ai adoré. C'était mon film culte quand j'étais au collège, Véra Clouzot qui met mal à l'aise, Simone Signoret, trop la classe, et surtout un des premiers films à pratiquer le "ami spectateur, ne raconte pas la fin à tes proches, tu vas leur gâcher le plaisir".
Commentaire n°3 posté par Virgo le 04/12/2009 à 00h12
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