Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 08:00

Pour moi, télé = second degré.
Dans son principe même (un flux d'image à sens unique), dans l'objet en soi, dans le fonctionnement des programmes, etc.
L'émission a peut-être été enregistrée il y a des semaines. Le programme que je regarde a sans doute été scénarisé pour mon bon plaisir. Les pubs que je gobe lascivement ont été triées pour me glisser la bave au coin des lèvres. Même dans les directs, je regarde les bonshommes à l'intérieur du poste gesticuler, que je me cure le nez à ce moment-là n'aura aucun impact sur ce qu'ils font, hormis si je leur envoie un SMS pour le leur dire. Et encore.
Beaucoup avouent la regarder de façon passive, mais en soi, on est dans la position du voyeur, celui qui est censé avoir un peu de recul sur l'image. Tu peux discuter de ce que tu vois avec ton voisin, comprendre ce qui t'a faire rire, préférer tel programme de merde au documentaire d'Arte pourtant vanté par Télérama.

Du coup tu penses bien que quand tu décides de devenir candidat d'une émission que tu as regardée pendant des heures et des heures, t'es bien censé être au courant de ce dans quoi tu mets les pieds. Ici, l'émission est nouvelle, mais elle fonctionne sur le même principe que mille autres. La moindre des choses, c'est d'accepter de rigoler de cette situation un brin ridicule où tu viens faire la queue pendant des heures dans le froid et la faim. Tu souris gentiment en apercevant une bonne femme habillé comme un sac à patates rose à paillettes: finalement, c'est peut-être elle qui a tout compris, c'est avec ça qu'elle fera de l'audimat.

En discutant avec mes compagnons de fortune, j'ai bien vu que certains avaient plus ou moins conscience de ça. Ils voulaient vivre de leur musique, mais passer par une émission de télé leur faisait un peu peur. On sentait que la passion de la musique primait. J'ai d'ailleurs été assez touché par cette phrase: "je galère, mais au moins je sais pourquoi". Dans une époque où les JT nous martèlent le mot "crise" toutes les 20 secondes, c'est très parlant.
Mais le plus effarant, c'était ce troupeau de nunuches bruyantes qui faisaient la queue dans ce qu'elles vivaient comme le casting de leur vie. Il y avait bien entendu des mecs, tout aussi agaçants, mais ils avaient le mérite de faire moins de bruit. Il y avait aussi des plus vieux, mais là encore ils savaient à peu près se tenir. De toute façon, le plus triste étaient les remarques que l'on entendait: incapables de réaliser qu'ils étaient avant tout de la chair à canon pour une émission de télé, ils se croyaient véritablement face au jugement dernier. Hey mon pote, détends toi, hein. On est là pour se marrer.
Forcément, en voyant à quel point certains souhaitent effectivement percer dans un milieu relativement ingrat mais surtout redondant, on comprend qu'une opportunité pareille mette la pression. Mais ne soyons pas dupes: on propose et eux disposent.
Et quand bien même on ne leur convient pas, on sait qu'on ne rentrait pas dans le character-design-plan de ce show. Et puis basta.

Tu te souviens qu'après 6h d'attente dehors, je t'expliquai qu'on se retrouvait à nouveau à attendre, cette fois à l'intérieur, dans un couloir. Là, on est chacun aligné sur des chaises, et on nous demande d'attendre patiemment et calmement notre tour.
L'une des filles engagée sur le casting nous encadre, nous demande de se décaler de chaises lorsqu'un candidat passe finalement, etc. Et là, il semble utile à la bonne poire qu'elle était de nous faire un rapide topo sur ce qu'on va nous demander.
"Alors, bein vous chantez une chanson en français ou en anglais, comme vous voulez. Evitez Piaf ou Aznavour, parce qu'ils entendent ça un peu toute la journée. Et puis, vous leur faites un couplet et un refrain, par exemple, hein. Dynamique, et tout, et ça va bien se passer."
Et là, laisse moi te dire que c'est la fin du monde. Elle aurait pu balancer une ogive nucléaire dans ce couloir que ça n'aurait pas produit plus de dégâts.
"Quoiiii ??? Mais moi j'ai préparé une chanson en français, parce que sur la convocation, ils disaient de venir avec une chanson en français, mais si j'avais su qu'on pouvait chanter en anglais, alors… nan mais vous comprenez… nan mais parce que moi…"
Tu commences par te la fermer, ça me semble un bon début.
Ou du "Oh mon Dieu, mais moi j'avais prévu de chanter du Piaf, oh mon Dieu, oh mon Dieu. Mais alors qu'est-ce que je fais ? Hein, Madame, qu'est-ce que je fais ?"
Bein tu prends tes clics et tes clacs, et tu te casses. Hein. Ça paraît une bonne solution.
Et puis bien sûr, des perles de pertinence: "Ah mais moi ma chanson, elle a deux couplets avant le refrain, ah mais c'est pas possible, ma vie brisée pour un couplet de trop dans une chanson de Goldman…"
Effectivement, c'est balot.

Déjà que les "moi, moi, moi" sont agaçants, mais alors le fait qu'ils soient incapables de voir que, bein, en fait: 1) c'est pas grave. Et 2) on s'en tape donc pas besoin de beugler et c'est certainement pas la pauvre fille qui fait le piquet dans le couloir qui va pouvoir y faire grand-chose.
Je veux bien qu'ils soient sous pression; moi même j'ai pas fait le fier une fois devant la caméra. Mais manquer de recul à ce point, c'est du grand art.
Ne parlons même pas de leur sortie après avoir reçu un "non" poli. Rien de moins que des centaines de vie "fichues", apparemment, selon ce qu'ils racontent. Je n'ose envisager le nombre de suicides qui ont suivi.

En conclusion de tout ça, je dirai surtout que c'était bien marrant.
Ravi d'avoir satisfait ma curiosité. Et la tienne au passage.

Publié dans : X-Factor
Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire
Retour à l'accueil

Commentaires

J'ai bien aimé ce point de vue sur l'envers des castings de téléréalité.
Il faut bien comprendre que beaucoup n'ont pas la maturité et le recul nécessaire pour prendre cela à la dérision, tant mieux pour les producteurs, les "vies brisées" font monter l'audimat!
Commentaire n°1 posté par yuto le 09/09/2009 à 11h07
@ yuto: Je suis d'accord sur le côté "ne prennent pas le recul nécessaire", mais quand tu parles de "vie brisée", il ne faut pas exagérer. Le truc, ridicule, justement, avec ces gens qui viennent là en pensant jouer leur vie, c'est leur manie d'entretenir du spectaculaire autour de leur petite personne, de façon exacerbée et égocentrée.
Le plus agaçant étant surtout que leur plaisir ne peut passer que par une victoire. Faire péter leur ego un peu plus haut. Ou rien.
Alors que l'aventure est justement une simple compétition, l'esprit sportif étant d'être un peu fair-play et de tout simplement prendre du plaisir à participer.
Réponse de Gyom le 14/09/2009 à 17h29
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés