Dans ce coin de la France appelé Province, il n'y a rien. Ou presque.
Dans une région chaude et reculée de ce grand désert, vers le Sud, vit un petit peuple.
Ils sont facilement reconnaissables. Accoutrés de costumes locaux: des pantalons qui ne descendent que jusqu'aux genous; des chapeaux ridicules à visière, blanc et turquoise, avec une sorte de symbole ésotérique proche de nos lettres modernes, on croirait lire O et M, entrelacés; et des chaussures se résumant à une simple semelle avec une lanière de plastique aggripant celle-ci aux orteils.
Ils ont un dialecte semblant proche du notre, mélange de chants d'oiseaux, de noms d'oiseaux, et de parisien, pardon de français. Ils utilisent parfois des expressions que les plus grands spécialistes cherchent encore à décrypter: cagole, s'engatzer, lou capéo... Une chose pratique avec ces gentils hommes: pas de soucis d'orthographe avec leur vocabulaire, cette notion paraît ne pas encore faire partie de leur culture...
Ils s'abreuvent d'une boisson ma foi fort sympathique: une sorte de sirop alcolisé à base d'anis... Pourquoi en ornent-ils les bouteilles d'un étrange "51" ? Cela reste encore un mystère...
Malgré une certaine tendance à s'emporter pour un rien, et un profond penchant à l'exagération, ces braves gens sont très accueillants; ils seront ravis de vous faire découvrir leur jeu local, version simplifiée du tarot à 4, où l'on a enlevé les cartes d'atout (celà devait faire trop de cartes à porter à la fois...), et où l'on paie des coups si l'on perd trop rudement (eh oui, l'alcool semble être une valeur dominante).
J'ai pu cotoyer un petit groupe de specimens égarés jusqu'à notre belle capitale pendant près d'un an. Ils m'ont l'air tout à fait inoffensifs.
Voire attachants.