Tu me connais, lecteur, tu sais que je ne suis au fond qu'un grand gamin.
Tu sais qu'on peut m'attraper sans souci en n'utilisant simplement qu'une énorme tapette à souris géante sur laquelle on aurait disposé un paquet de nounours à la guimauve.
Tu te doutes que dans mes rêves, je parle tous les soirs à Bob l'Eponge, à Sailor Moon et à Peter Parker.
Du coup, quand je reçois une invitation pour une soirée "déguisée", tu imagines bien que je saute au plafond. Je fais des roulés-boulés, j'ai les yeux qui pleurent, les dents qui claquent et les
oreilles qui commencent à fumer. Et c'est avec une émotion très peu contenue que je regarde le thème de ladite soirée : cabinet de curiosité.
Là où tous ceux à qui je me suis adressé pour leur demander des conseils me disaient "mouais...", "ah bon ? c'est bizarre comme thème...", "mais ça veut dire quoi ?..."
et autres, moi je répondais "rooooh, mais si, c'est trop bien !".
L'invitation venait d'une copine de copine de copain. Croisée au cours d'une soirée. On se connaissait peu mais on s'était bien marré au cours de notre première rencontre.
J'étais ravi qu'elle m'ait inclus dans la liste des invités.
Le reste du message disait : "On te veut bizaaaaaaarre... On te veut étraaaaaannnnnge... On te veut chelou... On te veut curieux... On te veut absurde... On te veut intergalactique... On te
veut apocalyptique... (now !)".
Je vous passe mes interrogations existentielles de la semaine sur le costume que j'allais porter ("nan, mais en même temps je vais connaître quasiment personne... et si personne ne joue le
jeu ?... de toute façon, moi ça me fait marrer, je veux faire ça bien, et puis je m'en fous je les reverrai sans doute jamais..."), sans parler des débats profonds sur la nature du
déguisement ("mais je ne veux pas être trop littéral : je ne vais pas venir en Superman ou Bugs Bunny, il faut venir en freak : un mec que tu pourrais croiser "dans la vraie vie", mais que tu
trouverais effectivement super bizarre...").
Bref, je m'étais décidé pour le gothique (après une grosse hésitation sur le fan absolu de Johnny).
Du coup, ça a donné ça :
On passera sur le commentaire
récurrent des personnes qui me connaissent très bien et qui ont vu la photo : "ah mais on ne te reconnait pas du tout".
Tel un Samson du XXIème siècle, si je ne suis plus rouquin, je perds mon mojo.
Soit.
Le truc drôle, c'était de voir les autres costumes.
Pour info, la demoiselle bosse dans la mode. Du coup, la soirée était remplie de modeux. Mais si, vous savez, des gens qui portent des jeans slim jaunes, des tatouages "Frida
Kahlo" ou encore la moustache.
Du coup, le modeux qui se déguise en curiosité, bein ça va chercher bien loin. On a eu le mec en armure d'aluminium avec les seins qui pointent (inspiration JPG pour Madonna...), la construction
asymétrique (coupe banane sur le côté, maquillage "décalé", robe déséquilibrée...), l'inspiration aviaire (énorme col en plumes de coqs, nid sur la tête, et petits œufs dans les cheveux...), et
cætera, et cætera...
Le plus troublant, tout de même, c'est de poser la question : "a priori, pour une soirée comme ça, tu essaies d'utiliser au maximum des fringues que tu as déjà, non ? tu crois que le mec,
là-bas, avec son jean léopard...".
Il est comme ça, le modeux, il anticipe. Il le sait que la soirée "cabinet de curiosité" tombera dans les semaines à venir (juste entre la soirée "John Waters" et la soirée "animal à écailles").
Et si ce n'est pas pour cette année, ce sera pour l'an prochain. Du coup, quand il tombe sur un chapeau en cuir de python rose, clouté avec des petites étoiles dorées, il l'achète et il le garde
précieusement. Voire il le porte pour aller au taff.
Mais le modeux a tout de même un problème majeur.
Le modeux a profondément le cul entre deux chaises. Le modeux est un bobo extrême. Il adôôôre décorer son appart avec des "meubles" (on insistera sur les guillemets) récupérés dans la rue. Il
trouve ça fabuleux de se déplacer en vélo, de boire du Champagne dans des gobelets en plastique Hello Kitty, et te regarde avec des yeux comme des rouleaux de réglisse quand tu lui dis que tu
bosses dans la finance.
Pourtant, lui, le modeux, est soit au chômage en train de lancer son propre business, soit en train de bosser pour YSL. Et rêve réciproquement de passer de l'un à l'autre.
Là où tu te rends compte que le modeux est une personne comme les autres. Attachante, avec des petits morceaux d'émotion à l'intérieur. Finalement, comme toi, qu'il n'est que la somme de ses
souvenirs passés et de ses aspirations futures. Un être humain ordinaire qui picole, rigole, papotte et fais des blagues pas drôles.
C'est que le modeux, lorsqu'il organise une soirée d'anniversaire, avec tout plein de gens barrés à l'intérieur, bein il fait comme tout le monde et il met sur le buffet un grand saladier rempli
de fraises Tagada.
J'en ai presque fait couler mon rimmel.
...et j'ai bien failli ne pas te reconnaître lors de ton after tangotin samedi...