Mercredi 17 décembre 2008
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10:29
Oh la traîtresse.
Tous les matins, en arrivant au bureau, je commence par dire bonjour à la machine à café. Je prends un expresso, noir, sans sucre. Pendant qu’il se prépare, je salue également sa voisine la
vending machine : je prends une petite bouteille d’Evian.
Ce n’est qu’avec un peu de caféine et la gorge desséchée que je peux commencer la journée.
Les deux compères me connaissent bien.
Elles me voient tous les matins.
Elles savent qu’il ne faut pas chercher à me faire la conversation. Sans mon café et mon eau minérale, ce n’est pas que je sois imbuvable, c’est juste que je manque de jus.
Du coup, un simple
brrrrbrrrrbrrrr de gargouillis colombiens et le
clingling de la monnaie rendue suffisent. Chacun connaît son rôle. L’affection peut naître de simples gestes
ordinaires et d’une attention sincère mais non exhaustive.
Parfois, je reviens un peu plus tard dans la matinée ou dans l’après-midi, pour un autre café. Mais là, c’est une autre histoire.
La journée est lancée, c’est un café social dont j’ai besoin. Le petit goût amer qui accompagne la pause ragots. On se sort la tête des tableurs Excel. On balance sur machin, on s’épanche sur la
crise, les documentaires percutants d’M6 (
"C’est du propre", mon amour…), le dernier Houellebecq…
Et là on papote.
On papote bien, même.
Il y a souvent du monde.
"Allez-y, vous étiez là avant moi. – Merci. – Je vous en prie."
La machine à café est l’objet de toutes les attentions, de toutes les convoitises.
Chacun la titille à tour de rôle. Elle ronronne de plaisir.
Sa voisine pourrait être jalouse.
Mais non.
Elle connaît bien sa place.
C’est elle la gourmande. La coquine qui nous deale nos barres de Twix.
On n’en prend pas à chaque fois, mais lorsqu’on cède, elle sait se régaler de nos yeux envieux, de notre sourire alléché.
Tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Jusqu’à ce que…
… jusqu’à ce que cette quiche de machine à café se vexe.
Pour je ne sais quelle raison.
Ce matin, levée du mauvais pied, elle a tout bonnement tenté de m’ébouillanter.
C’est bien simple, elle en a fait fondre le gobelet.
On ne s’imagine pas à quel point ces petites choses peuvent devenir mesquines et dangereuses pour peu qu’elles soient dans leur mauvais jour.
Pourtant, j’ai beau chercher, je ne vois aucune raison : je lui ai tapoté les touches comme chaque matin. Je ne crois pas avoir été plus désagréable.
Sa voisine, elle, n’a pas moucheté. J’ai eu mon Evian de façon cordiale, comme à l’accoutumée.
A une température décente.
A croire qu’elle ne s’était pas encore refilé le mot.
Par contre, maintenant j’ai peur.
J’ai peur pour mon Twix.