Les gens s’imaginent pas les méandres de la geekitude.
Etre geek, c’est un peu comme une orientation sexuelle : tu sais pas trop d’où ça sort, pourtant c’est là. Et qu’on ne nous parle pas de vouloir changer…
C’est comme ça et pis c’est tout.
Du coup, ça te poursuit. Ca apparaît quand on ne s’y attend pas. Paf. Une étincelle. Et une réflexion à la con qui s’ensuit. Et longue, la réflexion. Le plus souvent bien inutile, mais
longue…
Dernier exemple en date, ma lubie des mosaïques.
Je n’y avais jamais trop pensé, mais en fait, je ne peux pas m’empêcher de dévisager une mosaïque quand j’en vois une.
Et je ne parle pas des mosaïques représentant de jolis personnages, comme celle inspirée par Norman Rockwell, cadeau des Etats-Unis à l’ONU (au passage, j’en profite pour dire que notre guide
était aussi intéressante qu’une limande séchée : même lire le bottin serait plus captivant que ses commentaires mollement débités avec un faux dynamisme digne des pires téléfilms allemands).
Bref, donc pas les mosaïques avec des bonhommes ou des animaux.
Non, des mosaïques genre carrelage.
Juste des petits carreaux, posés les uns à côté des autres.
Mais justement, toute la transcendentalité de la chose est là.
Les petits carreaux, juxtaposés de proche en proche, avec nuances de couleurs et parfois (ô orgasme !) périodicité des motifs… c’est ça qui est fascinant.
C’est bête comme chou un carreau de carrelage.
Deux aussi, ça reste tout con.
Trois, ça casse pas trois pattes à un canard (justement !).
Quatre, cinq, six…
Et puis, vient un moment, où…
Ce tout de petits riens qui veut dire tellement.
La juxtaposition change tout : on peut deviner des formes. S’interroger sur l’aléatoire de la chose.
Ah bah oui, ça m’a l’air bien disposé au hasard, tout ça…
Quoi que, cette petite croix, là, on dirait qu’on la retrouve là, aussi…
En fait, je crois que mon œil est très joueur.
Une teinte, unie, c’est fun, mais sans plus. Un papier peint, c’est sans surprise. La moquette, on s’en lasse vite une fois qu’on s’est roulé deux-trois fois dedans.
Mais par contre…
Une mosaïque avec ses petits carreaux…
La rétine sautille d’une case à l’autre.
Assemble les teintes, découpe des contours imaginaires, s’amuse avec son regard discret (<- pun inside).
J’aime les angles, j’aime les formes, j’aime les petits carrés de rouge qui se mélangent aux petits carrés de jaune pour nuancer vers l’orange. J’aime la vie en pixels RVB.
Vive les quadrillages, les rubik’s cubes, les échiquiers, les carrelages de salle de bain, les tableurs Excel, les dallages de faux plafond, les images numériques, les treillis de
l’armée US, les pointillistes, les WC de chez ma Tante, les Lego (ah bah oui…), les grilles de mots croisés, les dance-floors disco…
Vis ma vie en 1280x1024.