T'as vu comme je suis rien qu'une grosse feignasse: je te dis que je mets le bilan de mon casting en ligne vendredi, et ce n'est finalement qu'en ce lundi matin que ton fil RSS s'est mis à se
trémousser avec un nouveau post des cerises bleues.
Je pourrais facilement laisser jouer la mauvaise foi et dire qu'il m'a fallu 3 jours pour me remettre de ma débâcle. Mais tu me connais, ce n'est pas mon genre. On dira juste que j'avais autre
chose à faire.
Bein ouais, c'est que je suis pas "preneur de vents dans des castings de la TNT" professionnel, moi. J'ai un boulot, mon bon Monsieur. Elles vont pas tourner toutes seules mes macros
excel.
Comme dirait Sim, arrêtons nous là. C'est pas tellement la peine d'en faire plus.
Par contre, je tiens quand même à ajouter 2/3 commentaires sur ma journée de jeudi.
Déjà parce que je sais que vous êtes des milliers à vous demander "mais alors, t'as chanté?", et surtout "t'as chanté quoiiii!?...".
Cessons tout de suite ce suspense clairement insupportable. Oui, j'ai chanté. Par contre, j'ai pas chanté Kyo.
Une fois sur place, on nous a dit qu'il fallait certes avoir une chanson en français en réserve, mais que pour le pré-jury, on pouvait un peu chanter ce qu'on voulait, la french touch'
intervenant sans doute que plus tard.
Du coup, c'est pas tellement que j'ai quelquechose de personnel à reprocher aux groupes de jeunes à cheveux gras chantant pour des jeunes à peau grasse, mais vu que mon concept était de jouer le
mec un peu intello, discret, qui ne payait pas de mine mais pouvait potentiellement cacher un gros talent, j'ai préféré jouer la carte des goûts musicaux plutôt pointus, au lieu des goûts
musicaux… de merde.
Au final, j'ai donc chanté Teardrops, du groupe Womack & Womack.
Ouais, je sais, y'a des chances que tu connaisses pas: mais tu connais peut-être la reprise en français par les Tribal Jam, dans les années 90. Et de toute façon, tu loupes pas grand-chose, c'est
de la soul sympa, mais sans plus.
Bon, du coup, j'ai joué le jeu jusqu'au bout, je suis allé chanter mon truc devant le pré-jury. On m'avait prévenu avant: le mec recalé devant moi m'a dit en sortant "nan, c'est pas bon pour
moi, mais tu verras, ils sont très sympa".
Je rentre donc dans cette grande salle, et tu sais quoi ? Bein même si moi, au départ, j'étais venu pour la déconne, bein j'étais quand même vachement impressionné, par toute cette mise en scène.
Le gros projecteur, la caméra, la petite croix sur le sol devant la toile avec le logo de l'émission. Alors t'imagines que pour les mecs qui font ça sérieusement... Ils étaient donc deux, une
femme et un homme. Elle a vaguement tenté un jeu de mot ou un truc gentil avec mon nom de famille, mais c'était ridicule, et c'est donc tombé à l'eau comme un iphone dans la Seine un
soir de picnic bourré à Paris-Plage. Mais bon, ça partait d'une bonne intention.
Elle me demande ce que je vais chanter. J'hésitais encore à ce moment-là. Et là je ne sais pas pourquoi je choisis la chanson en anglais. Ça aurait d'ailleurs du me mettre la puce à l'oreille,
puisque rien qu'en prononçant le titre de la chanson, j'ai bien senti que tout ça sentait le moisi. Parler anglais après une bière au mec qui est accoudé au comptoir à côté de toi, oui. Chanter
une chanson entière dans la langue de Woody Allen dans une grande pièce, à pleine voix, où les mecs sont à 4 mètres de toi, c'est déjà moins facile.
Mais bon, je me démonte pas. Je chante. C'est moche. C'est même bien nul.
(C'est d'ailleurs à ce moment-là que je me suis demandé pourquoi on avait supprimé, dans la langue française, les déclinaisons qui venaient du latin. "Se sentir bien con" mériterait d'avoir
plusieurs nuances, comme se sentir bien con tout seul en faisant illusion auprès des gens en face de toi, ou se sentir bien con sans que toi-même tu t'en rendes compte, mais que les gens soient
gênés de te le faire remarquer. Là, c'était plutôt: se sentir bien con, s'en rendre parfaitement compte, et partager ce doux sentiment avec les gens autour de toi, voire communier nos impression
de gêne au point que chacun souhaite que ce grand moment ne dure pas tellement plus longtemps…)
Bref, je m'arrête et là ils commentent. Dans un ton très chaleureux. Mais même pas moqueur, en plus; le précédent candidat avait raison: ils te disent ça gentiment et en espérant même te porter
conseil.
"Bein Gyom, écoute, ce sera non. Il y a des problèmes de justesse, des problèmes de voix, des problèmes de rythme…" Le tout très sympathiquement. J'ai naturellement acquiescé en souriant
poliment. J'ai rendu mon numéro (putain, j'étais dégouté, j'aurais adoré le garder). Au passage, je leur demande si je peux prendre un des marshmallows qui sont sur leur table. Gentiment, ils me
disent oui. Gentiment, j'ai mangé mon marshmallow. Gentiment, j'ai pris la porte.
Une fois sorti de l'hôtel, j'ai retrouvé mes compagnons de galère. Tout le monde avait été recalé, mais le ton était assez étrange lorsque chacun comparait les commentaires qu'il avait reçus.
Globalement, ils étaient finalement soulagés de ne pas avoir été retenus, parce que tu comprends, ils ne se voyaient pas du tout pris par la machine télé-réalité, se laissant corrompre par un
star-system où leur talent ne serait pas du tout exposé à sa juste valeur. Ils se rattachaient aux commentaires du jury qui les avaient qualifiés de "plus belle voix du casting, mais pas fait
pour le format de l'émission" ou "sans aucun doute la meilleure interprétation de la journée" qui n'avait, là encore, pourtant pas mené à la sélection. Clairement, certains
avaient gardé leur marshmallow en travers de la gorge, mais ils essayaient de garder bonne figure.
Du coup, quand ils m'ont demandé comment s'était passé ma prestation, j'avais envie de lâcher un gros "bouarf !!! mais moi j'y allais pour la déconne, vous voyiez pas ? j'me suis bien marré
et y'a pas plus à dire, d'ailleurs vous devriez voir vos têtes !!!" Mais je me suis contenté d'une ou deux phrases nébuleuses.
Cet article est atrocement long, je m'arrêterai donc là pour le moment.
Vous savez donc tout du déroulement de la journée, j'aurais juste 2 ou 3 commentaires à ajouter sur la façon dont j'ai digéré tout ça, et ce que j'ai pu en penser avec quelques jours de recul.
J'ajouterai ça ce soir ou demain. Promis.
En attendant, je repars faire tourner une ou deux macro. A tout'.
