Je t’en ai parlé là,
je te l’ai promis : qu’est-ce que le concept du têtard et de la grenouille ?
Tu as une tâche assez répétitive à faire. Un truc pas spécialement marrant. Ce qui est plus cool, c’est que c’est plutôt rapide à faire. Jusqu’ici, tout va bien.
Maintenant, tu as la même tâche à accomplir, mais en beaucoup de fois/d’exemplaires. Et là, tu as le choix de faire plein de fois à la suite la tâche de base un peu relou et qui ne prend pas de
temps (et de réflexion) ; ou bien tu peux essayer de mettre au point un système qui permettra de répéter la tâche de base à ta place, seulement il faut mettre au point ce système, ce qui demande
du temps et de la réflexion.
Typiquement, ça marche pour des calculs sous Excel, par exemple : faire un calcul, ok, bah voilà… Mais faire le même calcul 20 fois de suite en changeant un chouilla de trucs à chaque fois, c’est
un peu relou.
Soit t’es en lendemain de soirée, mode cerveau qui nage, tu vas cliquer sur tes boutons 20 fois de suite en faisant des copier/coller bêtes et méchants. Soit t’as la niaque et tu te lances dans
un petit bout de code VB, qui te permettra de faire une boucle, de ne lancer le truc qu’une fois (tu auras alors le temps d’aller prendre un café avec tes amis de l’étage et de ragoter sur la
nouvelle coloration atroce de la secrétaire du bureau d’à côté) (par exemple), voire tu pourras réutiliser ton petit programme la prochaine fois. Pourtant, tu risques de passer du temps à te
prendre la tête (c’est pas toujours simple, le VB), et même plus de temps qu’à avoir répété la tâche. Tu gagnes en estime de toi. Mais potentiellement aussi en stress de putain de boucle qui
tourne à l’infini.
Le têtard ou la grenouille.
La clef, dans ce concept, c’est de connaître la limite. Ta limite.
Si on te dit que t’en as vingt mille, des trucs à calculer, t’hésites pas et tu te lances dans ton programme. Quatre, tu ne te poses même pas la question. Trente ? là, ça mérite réflexion.
On sait très bien ce qu’est un têtard. On sait très bien ce qu’est une grenouille. Pourtant, qui saurait pointer le moment où "ça bascule" ?
Ne surtout pas confondre avec la poule ou l’œuf. On s’interroge ici sur l’inertie de la procrastination.
Quand est-ce que l’élastique lache ? T’as dit ok pour en faire 15, tu bronches pas trop quand il y en a finalement 16 ; et surtout tu procèdes de la même façon. Tu ronchonnes quand on passe à 17,
mais là encore tu ne changes pas tellement ta façon de procéder. Idem pour 18, 19 puis 20. Pourtant, on t’aurait parlé des 20 dés le début, ça aurait peut-être tout changé.
La terminologie n’a pour unique intérêt que celui de me faire sourire. Et de rendre le problème éminemment plus sympathique. Car, tu l’auras remarqué, ça ne résout absolument pas la question.
Quoi que.
Parce qu’en effet, formaliser le problème, mettre des mot dessus, un nom, et même avoir réussi à l’extraire de son contexte, lui avoir trouvé un parallèle, ça montre qu’on n’est pas complètement
passif de ce sujet ô combien tracassant, tu en conviendras. Du coup, pas si loin du bout du tunnel.
Mais surtout, ça a le double mérite de te rendre sympathique auprès de tes collègues. "Ah, il est marrant, le bougre, avec ses concepts à la con !" Voire de les impressionner par ton
imagination. Et souvent, du coup, ils t’offrent le café.

