Ce matin, de 9h à 11h, je faisais une présentation.
Mais un truc sérieux, tu vois.
Pas un powerpoint à la noix devant 12 collègues fatigués qui regardent les mouches voler dans une petite salle de réunion, hein. Non, non. Un truc classe, important et productif.
C'était un powerpoint à la noix, devant 60 inconnus fatigués qui regardent les mouches voler dans une grande salle de réunion.
La consécration, t'imagines bien.
Mais bon, c'était quand même pas n'importe quoi parce que c'était une présentation de mon activité dans le cadre de la formation des auditeurs et inspecteurs de la banque.
En gros, les mecs viennent voir ton boulot, suent sang et eau pour ne pas comprendre ce que tu fais, et finalement rédigent un rapport démontrant comment tu fais mal ton taff. Je caricature. Leur
boulot n'est sans doute pas facile. Il faut comprendre beaucoup et vite. Mais t'imagines bien que les mecs n'ont pas super réputation.
En tout cas, mon boss adoré a bien entendu décidé d'envoyer sa plus belle mascotte pour représenter notre équipe. Moi-même.
La conférence durait près de 2h, mais je n'intervenais qu'en dernière partie.
À 10h15, je reçois un texto d'une de mes collègues.
"Alors gros malin, panne de réveil ? t'es encore sorti faire la foire toute la nuit comme un gros rigolo ? t'inquiète, je te couvre..."
C'est un délice de voir comme mes collègues
font attention à ce que je fais, et me connaissent tellement bien.
Pour la présentation, j'avais repris le powerpoint d'une autre collègue qui avait fait à peu près le même exercice il y a quelques mois. Le plan de la présentation était correct, j'ai
ajouté quelques infos supplémentaires à propos de nouvelles données incorporées depuis, mais globalement je n'ai pas changé grand-chose à la structure.
Par contre, tu comprends que je me suis empressé de reformuler les quelques lignes de texte dans un français que l'on pourrait qualifier de... correct. Les auditeurs ne sont sans doute pas les
plus appréciés, mais ce ne sont pas encore des demeurés; et surtout, je maîtrise encore assez mal le langage texto.
Mais ce que je n'avais pas prévu, et que je n'ai pu découvrir qu'au moment de la projection des slides, c'était les effets "animations" que ma délicieuse collègue avait subtilement incorporés à
la présentation. Et que je t'apparais en dégradé par-là, que je me décompose en losanges par-ci, que je te colle une flèche qui virevolte sur elle-même avant de pointer sur une pauvre ligne d'un
tableau.
J'ai cru que la fille du premier rang allait en faire une crise d'épilepsie.
Ah, et pour finir, j'ai surtout appris la règle d'or de ce genre de présentation.
"S'entraîner en répétant dans une salle vide mais avec un vrai projecteur..." : mouarf, pas la peine.
"Parler distinctement, ni trop fort ni trop bas, mais en ménageant des temps de pause..." : complètement superflu.
"Mettre une jolie cravate et afficher son plus beau sourire pour essayer d'impressionner la bombasse du fond à droite..." : peine perdue.
Nan, la règle d'or est simple. Concise et pertinente.
"Ne pas renverser de verre d'eau sur l'ordinateur".
Un abruti d'intervenant étant passé avant moi avait laissé un verre d'eau sur le pupitre. Bien entendu, tel un éclair irrésistiblement attiré par un paratonnerre, j'ai bousculé le verre de la
main lors d'une de mes passionnantes explications sur le modèle Black-Scholes. Il s'est renversé sur l'ordi portable judicieusement posé juste à côté.
Au départ, rien de spécial ne s'est produit et j'ai continué comme si de rien n'était.
Et puis là, le drame. Les slides se sont mis à défiler sans que je ne leur demande quoi que ce soit. Imagine moi en train de m'amuser avec les flèches avant/arrière pour revenir sur la slide qui
m'intéressait. Autant te dire que j'en ai perdu 3 dans le fond, sans doute partis vomir à la vue des graphiques qui apparaissaient/disparaissaient en tourbillons d'avant en arrière.
Et là le dieu Powerpoint a sans doute eu pitié de moi. Le parkinson des slides s'est arrêté. Et la présentation a pu continuer dans le calme.
J'ai hâte de recommencer.
